Copie d’écran Twitter (tweet public)

Cette photographie, publiée sur son compte Twitter par Éric Woerth le 12 août 2019, a donné lieu à une floraison de commentaires critiques, moqueurs ou caustiques. Pour faire court, on moquait l’ancien ministre et président (LR) de la commission des finances de l’Assemblée nationale d’avoir intentionnellement modifié l’angle de la photo dans un souci d’autopromotion (en franglais: self branding).

Or il se trouve que la photo était «vraie» (non trafiquée par Éric Woerth pour faire apparaître la montée plus raide), alors que, en raison des multiples reprises et variations humoristiques (c’était devenu un mème sur les branches d’où sifflaient les gazouilleurs hexagonaux), l’intéressé a été — à tort — ridiculisé. Le phénomène a été si important qu’il a été repris dans les médias «traditionnels».

De fait, les explications critiques apparaissaient pour le coup «plus vraies que nature», si je puis dire. Et moi-même m’y suis laissé prendre en dépit des précautions que je m’efforce de prendre et que je relatais tout récemment ici-même.

Mon attention a été attirée sur l’erreur dans laquelle j’avais été enduit, comme on dit, par cet article du blog La plume d’Aliocha  (qui se présente ), relayé sur Twitter: «les riches enseignements de la non-affaire Woerth» (14/08/2018). L’auteur y décrypte les mécanismes qui ont conduit à ces excès et, du côté des médias, rappelé cet apophtegme de référence, dit-on, dans les écoles de journalisme, et que j’euphémise ici (gloire aux points de suspension):

Si quelqu’un dit qu’il pleut et un autre qu’il fait soleil votre rôle n’est pas de relayer les positions des uns et des autres mais d’ouvrir la p… de fenêtre et de dire le temps qu’il fait.

L’article fait référence au service CheckNews de Libération dès le 13 août, et dont la mise au point m’avait échappé dans le flux d’informations courant, même en août. L’article précisait (https://www.liberation.fr/checknews/2019/08/13/la-photo-d-eric-woerth-en-train-d-escalader-l-aiguille-d-argentiere-est-elle-truquee_1745123):

Posté sur Twitter, le cliché a suscité des centaines de partages, pour la plupart moqueurs, les internautes estimant que l’ancien ministre avait trafiqué le cliché, pour se donner des airs d’alpinistes aguerri. La photo est en fait authentique.

J’en ai moi-même tenu compte ici (c’est moins confortable, je l’avoue, que de se taire discrètement):

Mais laissons le dernier mot à Aliocha:

La mini-affaire met également en lumière la tendance des médias professionnels à contribuer au populisme quand on attendrait d’eux, au contraire, qu’ils le contiennent […].
Les deux univers [médias professionnels, réseaux sociaux] interagissent de plus en plus au risque de se déconnecter totalement de tout ce qui n’est pas eux. C’est ainsi qu’une agitation sur un réseau social est considérée désormais de façon habituelle comme un événement en soi, suffisamment important pour mériter d’être relayé, même et surtout lorsqu’il s’agit de plaisanteries potaches en lien avec un événement d’actualité[…].
Il a fallu attendre que les spécialistes du fact checking  se mettent en mouvement pour avoir le fin mot de l’histoire.  En réalité, ils n’ont réalisé qu’un banal travail de journalistes et les autres rien. Plus précisément, les autres ont produit du «contenu» pour divertir l’internaute. Le plus triste dans cette histoire c’est que ces articles dénués d’intérêt sont aussi ceux qui suscitent le plus de clics. L’information est parfois une activité démocratique, mais c’est de plus en plus souvent un business aux effets très toxiques.
[…]
Il y en a au fond des leçons précieuses dans cette minuscule non-affaire de photo de vacances… Au point que l’on serait tenté d’appeler « effet Woerth » le fait d’être victime d’un bad buzz sur Internet en raison de la diffusion d’une information exacte mais perçue par les internautes comme fausse. On a surtout là un très bel exemple de fabrique du populisme, mais qui s’en soucie ?