Photo: Dimitris Vetsikas/Pixabay (libre de droits)

Sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter et toutes ces sortes de choses, Mastodon compris), on peut vite rester enfermé dans son silo et ses certitudes. Certains algorithmes d’affichage sont conçus pour ça. Et comme on réagit davantage à l’affect que par raison, les republications (partages FB, retweets, pouets sur Mastodon, etc.) peuvent s’avérer piégeantes… y compris quand elles sont vraies pour des questions de date. [MAJ 20/08/19]

J’en ai fait moi même l’expérience comme  «partageur» ou «retweeter». On tombe sur une info qui suscite un énervement possible ou une adhésion naturelle en fonction de ses convictions. On regarde l’accroche et l’on se dit: je n’ai pas le temps d’aller voir, mais c’est clair. Je transfère, partage, retweete étoussa; j’irai voir après. Seulement, on n’a jamais le temps de voir après (j’ai moi-même un nombre impressionnant de vidéos en conserve sur Facebook).

Et c’est ainsi que l’on se fait piéger et que l’on piège les autres, avec des infos qui sont des infox et, surtout, des informations qui tournent en boucle et réapparaissent cycliquement comme jadis, dans les courriers électroniques, les appels aux donneurs du groupe XYZ pour la petite Unetelle, même que c’est le professeur Machin ou le docteur Truc de l’hôpital de Triffouillis-sur-Loire qui les demande. Il en arrive encore, mais moins. (On soulignera le progrès considérable que fut la création de hoaxbuster.com.)

Un propos explicite d’une personne que l’on suit (quelle que soit l’appellation du média) peut se relayer directement: tout est dans le message republié. Pour les liens, il faut faire en revanche davantage attention, car tout le monde se fait piéger (et ça peut m’arriver encore, au réflexe instinctif — mais j’annule tant que je n’ai pas vérifié).

rezosociaux_telephone-3840285_1280

Photo: Mohamed Hassan/Pixabay (libre de droits)

Marquer une pause avant republication: pourquoi?

Il faut vérifier avec de repartager des contenus «à l’émotion». Souvent, ils tournent et retournent en boucle, alors que la question ne se pose pas ou ne se pose plus. Je ne parle même pas des cas où l’on surréagit sur un titre accrocheur, prélude trompeur à un contenu bien plus tiède, sinon froid.

J’ai eu l’occasion de le préciser à une correspondante ou un correspondant aujourd’hui même. L’article auquel elle renvoyait, via un site  «Putaclics» pompait un article du Parisien vieux de deux ans… et entretemps la situation avait singulièrement évolué d’une mise en cause à un classement sans suite. Parfois, il s’agit même d’infox délibérées.

Et il faut se méfier du transfert déjà fait par un·e ami·e. Il semble qu’une majorité de partage de liens soient effectués au seul vu de l’info alléchante du réseau social et, au mieux, que seules quelques lignes à la volée soient lues par celles et ceux qui transfèrent.

Je l’ai dit d’emblée: je me suis fait piéger plusieurs fois. Quelques regards lucides et amicaux m’ont conduit à modérer mon ardeur, y compris et surtout quand le continu affiché semble conforter mes convictions.

Sur Twitter, je suis abonné au compte des décodeurs du Monde et à celui des «checknews» de Libération., sans oublier AFP factuel. Par principe, méfiez-vous des sites «agrégateurs d’infos» et allez voir. Mais quand l’info est réputée fiable, il est possible que l’article soit réservé aux abonnés, et rien n’est plus frustrant que de faire saliver sur une info inaccessible (là où vous l’indiquez, en tout cas).

Il ne faut d’ailleurs pas s’arrêter au contenu: la date importe. Une information vielle de trois ou quatre ans, voire davantage (ou parfois moins) peut apparaître comme une information immédiate justifiant une prise de position alors même que le problème est derrière nous (d’une manière ou d’une autre). J’ai ainsi vu réapparaître en boucle et en rediffusion multiple, ces jours-ci, une annonce de baisse des dotations de l’État aux collectivités territoriales qui avait un caractère provocateur… mais remontait aux tout premiers arbitrages budgétaires de juin 2017. Non pas que la mesure ait été effacée: mais il ne s’agit pas d’une mesure nouvelle, ce qui en l’espèce changeait tout.

Ayez le bon réflexe: avant une republication (partage, retweet…), prenez l’habitude d’une pause et d’une vérification ! Et si vous êtes pressé·e, n’oubliez pas que sur Tweeter le «like» peut s’avérer surtout utile comme marquage pour voir plus tard!