Gare de Juvisy (photo LBz)

Changer de voie, changer d’activité, changer… Peu importe sur quoi porte le changement s’il est, sinon radical, du moins particulièrement significatif. Activité professionnelle, activité militante, de culture ou de loisirs ou autre centre d’intérêt: il ne s’agit pas d’une activité annexe, évidemment, mais de quelque chose qui importe, qui importe vraiment. La vie personnelle comme la vie professionnelle connaissent ces moments de transition majeure qui sont parfois, mais très rarement, des moments de rupture totale. La question se pose, dans ce cas, de ce que peuvent devenir les présences, nos présences sur/dans les réseaux sociaux.

Cette interrogation est mienne en ce moment. Dans mon cas, il ne s’agit pas nécessairement de changer de centre(s) d’intérêt, mais d’un passage à la retraite qui se traduit par l’arrêt de certaines fonctions, un intérêt maintenu pour certaines thématiques mais, comme on pourrait le dire sans doute, sans qu’il n’ait plus de caractère «opérationnel» et, en l’ayant anticipé, un changement d’activités dont une reprise d’études universitaires. Je suis à la fois sur l’erre précédente mais j’entame aussi un virage, peut-être même plusieurs: ni pantouflard ni dans la prolongation pure et simple, aussi nostalgique que pernicieuse qui finirait par n’être qu’un enfermement dans le passé. Voilà pour le contexte de ce billet, mais l’interrogation a une portée plus générale qui dépasse la seule personne du Gazouilleur.

Ainsi donc, dans la vie (professionnelle, personnelle…), il peut y avoir des bouleversements absolus comme il peut ne rien se passer. Tout dépend des situations, à la croisée des circonstances et du positionnement de l’intéressé. On peut ne rien changer par habitude ou, plutôt, croire qu’on ne change rien: les changements interviendront — petit à petit, progressivement, sans qu’on s’en rende compte, mais ils interviendront. Ces changements ne seront pas nécessairement complets, intégraux: des axes principaux peuvent devenir (très) secondaires, mais on peut conserver à leur égard un intérêt intellectuel ou émotionnel relatif, ténu parfois, mais bien réel comme bien même il n’est plus prégnant. Inversement, on pouvait avoir certains contacts sur des sujets antérieurement annexes et qui ont pris une importante toute nouvelle… ou pas.

Hormis le cas du compte purement thématique (professionnel ou lié à un centre d’intérêt unique) qui peut être supprimé ou, faute d’être alimenté à nouveau, rejoint dans la virtualité absolue, cette fois, des millions d’autres «comptes morts», la présence reste une présence maintenue, évolutive peut être un peu plus rapidement que dans la généralité des cas, mais évolutive comme elle l’est toujours, avec des relations en plus et des relations en moins.

Certains usagers préfèreront sans doute ajouter plutôt que soustraire, surtout s’ils ont des présences aléatoires; d’autres préfèreront avoir une stratégie plus active, plus sélective sans être agressive. Certains en resteront à une logique de collectionneurs (nous l’avons évoquée ici); d’autres préfèreront conserver une certaine maîtrise, celle de leur liste d’abonnements (sur Twitter: Facebook offre des alternatives plus hypocrites comme le maintien du lien sans le suivi du fil). Bien des choses en somme qui dépendent de facteurs multiples: le temps dont on dispose ou qu’on veut bien consacrer à la chose (y compris pour actualiser ou pas sa liste d’abonnements), l’intérêt réel ou supposé d’un suivi maintenu sur des thématiques «anciennes», la facilité de laisser faire le temps et, bien entendu, la nature du réseau social (il est sans doute préférable, pour un compte à finalité professionnelle sur LinkedIn ou ses équivalents, de travailler sérieusement le portefeuille de contacts).

Mais, même si l’on ne change rien, encore est-il préférable que ce soit par un choix raisonné auquel on aura au moins consacré quelques minutes de réflexion, me semble-t-il.

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