troll «Naturellement, qui est victime pour la première fois d’un troll peut s’en trouver marri, quand bien même le principe du jeu consiste à provoquer quelqu’un dont on n’épouse pas les idées.»

Le 24 avril 2014, ma timeline a bruissé de références à un troll, non pas un troll issu d’une brusque irruption d’un monde à la Tolkien, mais un troll réticulaire¹.

Le troll peut désigner à la fois l’acte (autrement dit le fait de publier un message inutilement agressif, systématiquement offensant ou tout simplement répétitivement péremptoire) et l’auteur (mais on trouve aussi — de préférence pas sur son chemin — trolleur ou trolleuse).

À dire vrai, le troll réticulaire a plus à voir avec le verbe troller (ou trôler) avec ce qu’il suppose de chasse au hasard ou de pêche à la traîne². Naturellement, qui en est victime pour la première fois d’un troll peut s’en trouver marri, quand bien même le principe du jeu consiste à provoquer quelqu’un dont on n’épouse pas les idées. Le procédé est vieux comme les réseaux électronique; il change des bonnes vieilles polémiques par l’accroissement de son effet en raison de l’instantanéité et de la rapidité de l’enchaînement des réponses (plus vite en tout cas que lors Voltaire, par exemple, que par échange de lettres publiques ou d’articles de presse).

Ainsi donc, une participante au TwittMOOC³, @Alpine05 s’est elle trouvée confrontée à une trolleuse ayant délibérément choisi de répondre de manière agressive au tweet anodin d’une gazouilleuse dont le pseudo laisse peu de doute sur le fait qu’il s’agit d’une enseignante:

troll3Car à l’évidence, le troll pas drôle ne se contente pas d’appâter: il ferre sans hésiter à s’enferrer et naturellement enchaîne provocation sur provocation tout en parant des plumes du paon de l’être le plus objectif, le plus rationnel, le plus aimable-mais-je-suis-contraint-de… (si la marquise n’était pas sortie à cinq heures, elle eût complété avec le talent qu’on lui sait). Sans hésiter (nous avons suivi ce feuilleton-là) à menacer tout contradicteur des foudres de la justice (immanente, pénale ou civile).

troll2@Alpine05, l’explique elle-même:

Agacée par tant d’indélicatesse et surprise à la fois, je suis intervenue pour prendre « naïvement » la défense de la collègue en toute objectivité. Bien mal m’en a pris. Lorsqu’un troll sort ses griffes, tout devient sujet à polémique.

… avant d’en faire un objet d’étude pour l’édification des néo-gazouilleuses et néo-gazouilleurs dans un billet légèrement teinté d’une juste colère, mais informatif avant tout.

Nous l’expérimentâmes nous-même le troll en des époques antérieures: quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, il est impossible de faire entendre raison aux trolleurs. En des temps que les jeunes geeks qualifieraient d’antédiluviens (une vingtaine d’années ou moins), tel constat qu’avait déjà excellemment établi pour le réseau Usenet, avec beaucoup de finesse et d’à-propos, Jacques Rouillard dans ce texte dont on vérifie encore (hélas!) toute la pertinence: Comment arriver à NE PAS faire taire Casse–Bonbons (et non Comment arriver à faire taire ou Comment ne pas arriver à faire taire Casse-Bonbons, car l’idée même de le faire taire n’est pas réalisation dans cette dimension de l’espace et du temps).

Tout système offre ses protections: avec un lecteur de nouvelles sur Usenet, on pouvait placer une adresse dans un fichier d’exclusion; sur Facebook, on filtre à l’entrée en choisissant ses amis (ou le cas échéant en retirant ce statut); sur Twitter, on peut bloquer un autre compte (que vous ne verrez plus, qui ne recevra plus vos tweets et qui ne pourra plus apparaître, même en vous citant, sur votre timeline). Évidemment, on n’est pas à l’abri du trolleur professionnel, du militant obsessionnel acharné à vous suivre en utilisant des comptes multiples ou successifs; mais si vous n’êtes pas une personnalité politique ou du spectacle de premier plan (enfin, pour le trolleur ou la trolleuse), vous serez assez rapidement à l’abri.

Sisyphe par le Tien (source: Wikimedia.commons)Mais avant tout, il ne faut pas encourager trolleuse ou trolleur (les décourager relève de l’impossible) en appliquant strictement la règle «Ne nourissez pas le troll» (Don’t feel the troll, lirez-vous parfois).  Vous vous exposeriez (voir Casse-Bonbons plus haut) à un travail de réponse et d’argumentation aussi inutile… qu’infernal; or, dans ce travail-là, il ne faut pas imaginer Sisyphe heureux.


P.-S. — Attention à ne pas considérer comme trolleur quelqu’un qui vous aura envoyé une fois (ou quelquefois) une réponse, un message, un commentaire agressif. N’oubliez pas que vous n’êtes pas forcément d’une parfaite équanimité sur un réseau social… et moi non plus ! Le blocage ne doit s’exercer qu’avec circonspection, et pas forcément à la première série d’échanges aigres-doux. Cependant, si vous êtes sûre ou sûr de votre fait, n’hésitez pas.

Lire le billet d’@Alpine05 «J’ai combattu un troll»:
http://www.2vanssay.fr/twittmooc/?p=1482
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¹ Autrement dit, présent sur le réseau (le latin retis signifie filet, ce dont on peut se souvenir en pensant à ce gladiateur particulier dénommé rétiaire armé d’un filet et d’un trident.

² Voir cette page du site langue-fr.net. Dans ce sens, on est très proche aussi de l’idée présente dans la langue anglaise.

TwittMOOC est un essai expérimental de Cours en ligne ouvert à tous (en anglais Mooc ou Massive open on-line courses) consacré à l’usage de Twitter et fonctionnant dans une logique d’échanges et de coopération, d’abord à l’intention de ceux qui ne sont pas encore lancés ou l’on tout juste fait. Il a été créé par Stéphanie de Vanssay: http://www.2vanssay.fr/twittmooc/.

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