Delphine Foviaux, gazouilleuse régulière, s’intéresse entre mille autre choses aux relations entre les jeunes et ces technologies qu’on prétend encore abusivement nouvelles. Son tweet a suscité chez moi l’envie d’aller plus loin…

SnapchatJe connais Snapchat — ou plutôt j’en connais le nom pour l’avoir vu passer ici ou là, dans un article ou un tweet ou encore (et vraisemblablement) un article signalé dans un tweet. Je ne l’ai pas testé et je ne sais rien de lui d’autre que ce que j’ai vu (peu de choses!) sur la page d’accueil du site ou cet article Wikipédia, consulté rapidement:

Snapchat est une application de partage de photos et de vidéos disponible sur plates-formes mobiles de type iOS et Android. Elle est conçue et développée par des étudiants de l’université Stanford en Californie.
La particularité de cette application est l’existence d’une limite de temps de visualisation du média envoyé à ses destinataires. Chaque photographie ou vidéo envoyée ne peut être visible par son destinataire que durant une période de temps allant d’une à dix secondes ; le média cesse ensuite d’être disponible à la visualisation est supprimé des serveurs Snapchat. Cependant, il est assez aisé pour les utilisateurs de faire des captures d’écran.

Snapchat est donc, ai-je appris tout soudain, un site de partage de photos et de vidéos. Citons donc Wikipedia-est-notre-ami quoiqu’en disent de vils pourrisseurs¹.

L’article d’Olivier Chicheportiche sur/dans ZDNet auquel renvoie @DelpheF précise que les ados délaissent Facebook pour Snapshat :

Facebook perd de son aura chez les ados, son coeur de cible. Un désengagement illustré par différents sondages aux Etats-Unis et confirmé par le réseau social lui même².

L’article renvoie aux analyses psychosociologiques ou sociopsychologiques propres aux adolescents, mais, derrière, ce que apparaît c’est la différence entre un réseau (Facebook) où les images — propriété comprise — échappent à leurs auteurs ou peuvent être détournées de leur finalité iconographique première («images dossiers» indique l’article que je vous recommande) et l’autre où les images sont fugaces, effacées après quelques secondes, où seule subsiste la mémoire de l’envoi nonobstant les copies d’écran.

Ce choix s’explique aussi par les ressorts psychologiques propres aux adolescents dont la personnalité ne se construit jamais sans souffrances alors même qu’ils sont soumis à des changements physiologiques brutaux pour eux, à des adolescents porteurs d’incontournables et nécessaires contradictions (se montrer/ne pas être jugés…).

Mais, derrière tout ça, il y a aussi la résurgence de ces affaires de harcèlement, de ce qu’ils finissent pas savoir sur les méthodes des recruteurs, sur un système qui, pour être apparemment gratuit, n’en a pas moins un coût³… et le choix d’un dispositif fondé sur l’effacement quasi immédiat.

Comment ne pas se réjouir, sinon de cette maîtrise, du moins de cette préoccupation numérique qui conduit à un usage raisonné des outils.

Facebook aurait proposé, après le refus d’un chèque d’un milliard de dollars, un montant de trois milliards de dollars (ça fait combien en doublezons?) pour racheter Snapshat. Le chèque a été refusé.

Pas de philanthropie là-dedans: les propriétaires de la plateforme d’échanges photovidéographiques espèrent plus (un groupe chinois pourrait, dit-on, lâcher quatre milliards). En dehors des effets de bulle, ça laisse peu d’espoirs pour la vie privée. Nous l’avons dit et répété: la parole est d’argent sur les réseaux sociaux dont les propriétaires attendent un retour sur investissement (qu’il y ait un risque de bulle financière est une tout autre affaire).

En attendant, si ça calme les ardeurs-violeuses-de-vie-privée de certains (la peur pourrait inciter d’autres que le Livre-Visage à une prudence prophylactique), ce sera toujours ça de pris!

Luc Bentz


¹ Pour ceux qui l’ignoreraient ou l’auraient oublié, voir ce dossier constitué par Marie-Anne Paveau (@mapav8): http://bit.ly/HXsW7B. Je sais bien que cette affaire à peu à voir avec la choucroute (du jour), mais quand je consulte fr.wikipedia pour y trouver (avec la distanciation critique kivabien) ce que je recherche, j’y repense parfois et ça m’énerve toujours.

² Un sondage en France confirmerait la même tendance, mais l’échantillon est loin d’être représentatif (20 personnes dans trois régions). Aux États-Unis pourtant, le phénomène est patent.

³ Nous avons abordé cette question dans cet article récent qui renvoie lui-même à une publication connexe. La question n’est pas de fuir, mais de savoir pour développer la stratégie optimale de maîtrise en fonction de ses propres choix, lesquels peuvent varier d’un individu à l’autre. De toute façon nous savons maintenant que la NSA… ;-)

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