Ainsi s’interrogeait @Tcitron. Nous l’avons déjà dit ici: il n’est pas de service commercial réellement gratuit et, à l’instar d’Instagram dont il était question, même Twitter n’échappe pas à l’usage des données personnelles. Aussi bien vous invitons-nous à quelques considérations dont seront absentes une naïveté indignée comme une indignation naïve. Business is business — et il ne faut pas confondre (apparemment) gratuit avec libre. (On ne le répètera jamais assez.) Les alchimistes du Moyen Âge s’efforçaient de transmuter le plomb en or: la transmutation moderne est celles des impalpables données personnelles devenues traces numériques en bon argent scriptural.

N’imaginons pas que nous avons à faire à des philanthropes — et ne faisons pas semblants d’être étonnés. Tous ces services ont un coût: développement informatique, gestion du service, équipes commerciales vers les annonceurs (ou d’autres entreprises utilisatrices), serveurs informatiques (avec, au-delà même de l’achat, la maintenance, la location ou l’achat des lieux dans lesquels ils sont stockés, les frais annexes — surveillance, assurance, aménagements, coût de la consommation électrique), etc.

Aurait-on même affaire à un philanthrope désintéressé (quand bien même aurait-il pris en charge l’investissement initial et un temps de démarrage), tout cela nécessite de l’argent. Et, au-delà même des contributions intellectuelles, les structures portant la philosophie, l’esprit du libre (pensez à Mozilla ou à Wikipédia) ont besoin de contributions.

Un site commercial, donc, doit non seulement équilibrer ses comptes mais dégager des bénéfices: non seulement pour de futurs investissements mais aussi pour rémunérer les investisseurs et les dirigeants de l’entreprise. Une solution est le recours à la publicité; l’autre, l’utilisation de tout ce qui est déposé, des photos, vidéos ou documents (avec un renoncement à la propriété intellectuelle d’iceux), mais aussi de tout ce qu’ils ont obligatoirement consenti à déposer d’autre (conditions obligatoires pour bénéficier du service). Ce consentement au dépôt est multiple: identité (les moindres éléments n’étant ni le genre ni la date de naissance), envois, transferts, commentaires, liens avec d’autres utilisateurs, etc.

Ayez ici moins peur du Big Brother façon PRISM que du «forage de données» (data mining en franglais moderne), autrement dit de l’exploitation systématiques des données personnelles (directement obtenues ou grâce aux trace laissées, de liens vers des tiers, des sites, des;..). Tout cela pour accumuler, trier, croiser et vendre le tout (globalement ou en visant des individualités) aux publicitaires de tout acabit, aux commerciaux de tout poils, aux nouveaux marchands du Temple informatique.

En acceptant d’utiliser ces services, on accepte de fait d’abandonner (une partie de sa) vie personnelle, à la laisser se marchandiser. C’est la loi de la valeur d’échange: on ne paie pas le service en argent, mais en données (qui feront de l’argent pour les fournisseurs du service) par une manière de traite numérique escomptée aux acheteurs de données.

Ne dites pas que vous ne saviez pas: vous avez (comme moi) accepté de ces «conditions générales d’utilisation» qui font passer les clauses en petits caractères des compagnies d’assurances pour des textes imprimés en grands caractères.  

Peut-on aujourd’hui se passer de ces services si pratiques ? Non à l’évidence. (D’ailleurs, pour ce blog, j’ai adhéré à des conditions générales d’utilisation validées, lues ou pas lues — mais c’était mon affaire — avant d’accéder au service.) Ce qui nous reste, c’est un droit et même, d’une certaine façon, un devoir de vigilance et d’attention. D’attention permanente, cela va sans dire!

Au reste, nos banquiers ont l’habitude aussi de travailler sur les données croisées que nous leur fournissons gracieusement (et même en payant nos frais bancaires) et qui, via notre consommation, nos prélèvements, nos placements (pour ceux qui…) permettent de personnaliser les offres. — Avec sans doute (en France du moins) des garanties plus solides que tout cela ne va pas aboutir chez des tiers à l’insu de notre plein gré…

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