La chose a ému les médias et fait bruisser la Twittosphère: le très sérieux Journal officiel de la République française recommande «mot-dièse» à la place de «hashtag». Nos amis québécois préfèrent «mot-clic» comme en témoigne cette fiche du précieux Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française. On peut également envisager balise (également usité dans la Twittosphère francophone). Il est certes vrai que c’est le mot immédiatement accolé au croisillon (#) qui est cliquable comme un mot-clé¹, mais le signe peut-être suivi de plusieurs mots (le clic se perd alors) et remplit une autre fonction paratextuelle: didascalie, commentaire, trait d’humeur ou trait d’humour. La perpendicularité des messages dans le message est un des enrichissements imprévus qui fait la richesse de ce support.

Pour en revenir au mot-dièse, il faut souligner que, dans les commentaires en ligne et sur Twitter, cette proposition a été bémolisée. Et c’est là qu’intervient monsieur Kaplan.

Monsieur Kaplan, en l’espèce, n’est pas l’identité derrière laquelle se cache le personnage Roger Thornill qu’interprète dans la Mort aux trousses l’acteur Cary Grant (Belle mise en abyme que ce personnage de film qui endosse une personnalité elle-même…²). Monsieur Kaplan est un avatar twittérien, homme d’écrit et, en la circonstance, homme des cris (d’orfraie) contre la proposition visant à substituer mot-dièse à hashtag. D’ailleurs, si vous fréquentez ce blog, on savez qu’on vous a déjà parlé de monsieur Kaplan ici-même.

Monsieur Kaplan n’est pas de ceux qui contestent la proposition au nom du fatalisme de l’usage installé, de la respiration du vocabulaire, du retard à réagir, de la soumission à l’anglomanie que déplore chez les Français l’écrivaine québécoise Denise Bombardier (dénonçant à juste titre l’aplaventrisme des élites). Monsieur Kaplan aime la langue française et la typographie. Et justement, comme d’autres, comme nous l’avions fait nous même, il fait remarquer que le signe qui identifie le hashtag n’est pas un dièse, mais un croisillon.

Et ce tweet indigné (après quelques autres du même crû) renvoyait vers un billet très documentéBarbarisme») sur son site intitulé Les mots aux trousses (évidemment!). Tout y est, y compris l’erreur sur le signe typographique et la référence au mot-clic. 

Un dessin valant mieux qu’une longue explication, la comparaison des deux signes typographiques (croisillon, dièse) montre bien la similitude (qui peut expliquer la confusion par un œil peu averti de la chose musicale) mais aussi la différence entre deux caractères identifiés spécifiquement l’un et l’autre.

croisillon-diese2.png

N.-B. — On notera l’écart dans les temps de réaction: la proposition québécoise date de janvier 2011, la publication officielle française de janvier 2013. C’est avec de tels retards qu’on perd des batailles stratégiques dans le combat linguistique.


¹ Le hashtag est interprété selon une logique anglo-saxonne et le respect des codes de cette langue: il s’arrête dès qu’il rencontre autre chose qu’un chiffre ou un caractère non accentué. Un espace (une espace, dirait le typographe) marque l’arrêt du mot-clic. Si vous tapez #mot-dièse, le clic (ou les réponses au tweet) ne reprendront que #mot. Si vous tapez #motdièse, le clic (ou les réponses au tweet) ne reprendront que #motdi. Vous n’aurez ces soucis ni avec hashtag ni avec… balise!

² Les cinéphiles (hitchockiens, surtout) me comprendront… Je m’en voudrais de dévoiler aux autres ce qui est un charme scénaristique de l’œuvre.

Advertisements