Version révisée et complétée le 6/1/2013

Ce sujet de billet me trottait dans la tête: la lecture de ce tweet a précipité le mouvement:

Réagir ou pas? Mais aussi pourquoi (pour quoi) et, le cas échéant, comment?

Chasse à la faute ou correction d’erreur ?

D’abord, bannir de notre vocabulaire le terme faute qui induit la culpabilité morale de la pécheresse ou du pécheur (l’amateur simultané de Georges Bizet, de Jean-Charles et de calembours évoquerait naturellement les pécheurs de perles). La «culpabilité» induit un sens du mot correction différent de celui qu’implique l’«erreur». Dans le premier cas on punit, dans le second on rectifie. Je sais bien que, dans l’argot des bons vieux polars, rectifier quelqu’un a un sens plutôt définitif, mais justement, on ne veut pas… la mort du pécheur.

Twitter (plus largement tout réseau social) facilite l’écriture. C’est là l’essentiel. Entre un message inutile et creux parfaitement subjonctivé et un message intéressant écrit sur un parterre de coquilles, c’est le contenu qui prime, les accords et le style du premier fussent-ils polis au point de briller. Naturellement, le souci d’une expression correcte, notamment au plan syntaxique ne saurait gêner: pas seulement parce que c’est «la norme», mais surtout parce que l’on écrit pour d’autres et que la langue écrite, son orthographe d’usage et sa grammaire facilitent le travail du lecteur. Cela lui évite (et c’est lui qui compte) de devoir décoder et recoder. C’est ce souci des lectrices et des lecteurs qui fondait avant tout les analyses de l’orthotypographe regretté que fut (entre maintes autres choses) Jean-Pierre Lacroux. Aussi bien, entre cent autres citations, lui emprunterons nous la conclusion son avant-propos à Orthotypographie — Orthotypographie, Orthographe & Typographie françaises, Dictionnaire raisonné:

Continuons d’habiller la langue écrite en lui épargnant le ridicule des guêpières et la honte du laisser-aller.

Pas de textos sur Tweeter

Cela a été fréquemment relevé: Twitter, malgré la contrainte des 140 signes et espaces, n’a pas donné lieu au déferlement des formules codées, sigles divers et écritures phonétiques plus ou moins joyeusement utilisés dans les textos. On n’échappe pas aux abréviations pour gagner les quatre ou cinq caractères qui séparent le tweet accédant au paradis de la diffusion du message avorté auquel on renonce. Mais le fait est: sur Tweeter, on s’efforce de rédiger même si c’est dans des conditions parfois acrobatiques.

Un tweet est souvent un message rapide: la rapidité de la communication — surtout si l’on est dans un jeu de questions-réponses, entre distraction et dérapage, a fortiori sur un terminal de poche (smartphone) ou une tablette tactile — fait que nul n’est à l’abri… et pas moi plus que les autres! Nul n’échappe à l’orthogaffe: souvenez-vous en. Dans la conversation courante, tout le monde commet des erreurs de langage. Si si! Écoutez autour de vous et écoutez-vous bien (mais pas trop): vous ne dites pas tous les ne avant les pas, vous ne prononcez pas toujours toutes les liaisons qu’il faudrait et il vous arrive, comme à moi, de manger imprudemment un accord du participe entre deux repas. Eh bien, c’est mutatis mutandis la même chose sur Tweeter, conversation écrite souvent menée au rythme de l’oral.

L’usage constant —  la Netiquette (paradoxalement le bon usage) — sur les ancêtres des réseaux actuels est de ne pas faire de remarques sur la correction orthographique (d’usage ou syntaxique) des intervenants. Tel était le principe fondateur sur Usenet (réseau de forums publics non liés à un site particulier), y compris sur la branche francophone (Usenet-fr (forums ou newsgroups commençant par «fr.») créée en 1993 dont le site affiche toujours cette formule:

Les remontrances orthographiques, tu éviteras.

Mais Twitter n’est pas un forum spécialisé. C’est un lieu où l’on informe, échange, râle, parle de tout et de rien, communique sérieusement — tout ça à peu près à la fois, à peu près par les mêmes. Cela ne peut que renforcer le principe:

Donc, la première règle est: ne pas relever.
Et donc, la deuxième règle est: ne pas relever… quand même!

Des exceptions maîtrisées… pour éviter la faute

Si la mésaventure orthographique ou syntaxique advient à quelqu’un qui vous suit (et pas seulement que vous suivez), une remarque aimable en message direct (DM) qui ne pourra être lue que par votre interlocutrice ou interlocuteur lui permettra de se corriger. C’est une méthode discrète (seule l’auteur du tweet reçoit le message) qui ne nécessite pas de réponse (à la rigueur un DM en retour, si vous le suivez) mais inutile de s’autoflageller publiquement).

Si la mésaventure advient à quelqu’un qui ne vous suit pas, vous ne pourrez la ou le prévenir. Eh bien tant pis… La conversation poursuivra son cours et la coquille sera ensevelie dans le flux… Faire remarquer l’erreur publiquement sur un ton sentencieux conduirait, à juste titre, à vous faire considérer comme l’un de ces gougnafiers que le tweet cité plus haut dénonçait et là, pour le coup, vous seriez… en faute!

Mais il est vrai aussi que, comme le disait (en réponse à la première publication de cet article @ctarkos :

Mais, dans ce cas, qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur la nature de votre intervention!

Et pour soi-même ?

On peut envoyer un message et, au moment même, se rendre compte de l’erreur. C’est le plus facile: on copie le tweet, on le supprime, on en compose en nouveau par copicollage… et l’on rectifie l’assaissonnement juste avant de servir.

Si c’est dans l’élan et que la conversation s’est poursuivie, passons-le par profits et pertes. Une fois l’échange utile passé (de trente secondes à dix minutes), le cas échéant, on pourra toujours supprimé supprimer le tweet erroné (plus que fautif, souvenons-nous en). Vous pouvez aussi vous répondre à vous-même avec un Oups! de préférence teinté d’humour (en l’absence de faute, l’acte de contrition est franchement à éviter).

Quelques erreurs de-ci de-là sont inévitables si vous tweetez régulièrement. Mais n’oubliez pas que, dans la plupart des cas, les comptes Twitter sont publics, les tweets accessibles pour une durée que vous ne maîtrisez pas et même qu’ils peuvent se propager (de retweet en retweet) dans des conditions que vous ne connaissez pas davantage.

L’attention préalable est donc une nécessité pour vous, mais aussi ce que vous représentez (personne publique ou jouissant d’une certaine notoriété, identification avec une profession où la maîtrise de la langue est supposée acquise: enseignant, journaliste…). Et avant tout parce que, dans un réseau social (même si on peut l’oublier parfois), on écrit d’abord et avant tout pour les autres et que cette «politesse de la langue», pour reprendre une formule de Jean Guéhénno, est d’abord une marque d’attention pour les lectrices et lecteurs qui vous ont fait l’honneur de compter au nombre de vos abonnés.

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