Tout est parti d’un tweet, évidemment.

L’usage mégaphone est évidemment celui dans lequel la twitteuse ou le twitteur est là pour asséner un message:

  • Votez Machin, Trucmuche est nul!
  • Comment n’avez-vous pas encore acheté le merveilleux logiciel XynzL 125?
  • Je viens de publier La Petite Reine d’un jour. Pour acquérir ce roman vélocipédique : http://tagada-tsointsoin.com.

Votre imagination… ou votre expérience vous permettront de compléter aisément cette liste. Le twitter mégaphomaniaque est du genre militant ou du genre commercial.

Telle que la question est posée, on se doute naturellement (comme dans les films classiques) qu’à côté du méchant mégaphomaniaque il y a le bon écouteur-partageur vêtu de probité candide et de lin blanc (celui qui a un chapeau blanc, des habits blancs et qui part à la fin du film sur son grand cheval blanc). À l’évidence, l’écouteur-partageur n’est pas un simple et prosaïque participant à des conversations faciles ou futiles. L’écouteur-partageur écoute autrui, partage les bons liens, devient ainsi une référence en matière de veille twitteuse (les personnes ou les liens à suivre). Quand il converse, c’est alors pour du sérieux: l’acmé de l’échange qu’est le «salon littéraire».

La question était naturellement antinomique. On n’en saurait faire le reproche à son auteur qui, à l’évidence, cherchait à l’inscrire sous un certain angle et qui, de surcroît, était bridé dans son expression par la limite des 140 signes et espaces. D’ailleurs, en la posant, elle invite chacun à réfléchir sur sa propre pratique de Twitter. Sans cette question d’ailleurs, ce billet n’existerait pas. Ainsi va le monde du Web 2.0.

Si l’on analyse cette question, elle met en jeu d’un côté un message univoque (je cherche à diffuser largement, massivement mon message sans me préoccuper des réactions ou interactions) et, de l’autre, un jeu d’empathie avec autrui (l’écoute, le partage). C’est une diagonale avec, d’un côté, l’actif unilatéral et, de l’autre, un passeur passif pratiquant l’écoute et le relais. (Oui, je sais: on peut aussi relayer ses propres informations, mais, dans un modèle binaire de rôles à jouer, le simplisme est de règle, est la règle.)

Le modèle d’écoute a ses propres limites: il n’induit d’interaction qu’à partir de l’intervention d’autrui, sauf le cas d’un partage mais qui ressemble alors à l’éclairage d’autrui sur un objet tiers (quand bien même il viendrait de l’écouteur-partageur).

Il y a sans doute des tweeteurs purement suivistes comme il y a des tweeteurs unilatéraux qui ne s’intéressent qu’à l’attention qu’on leur porte. Mais au fond, la bonne tweeteuse ou le bon tweeteur n’est-il pas celui qui est capable d’endosser à tours de rôle plusieurs costumes, de la même manière qu’il est sans doute bon qu’elle ou il témoigne de temps à autre qu’elle ou il est une vraie personne et pas seulement une mécanique à transmettre des tweets, quel qu’en soit l’intérêt.

Il m’arrive sur Tweeter d’user du mégaphone parce que Tweeter est là pour ça (le tout est de ne pas assourdir sa TL en permanence, sauf à la voir se réduire à peau de chagrin!). Il m’arrive d’être écouteur (répondeur ou pas), partageur (de tweets ou de liens). Il m’arrive aussi d’être bien d’autres choses parce que ce que je considère que la richesse de Tweeter vient non seulement de la diversité des usagers, mais aussi de la richesse des usages variés qu’en ont et qu’y ont ses participants. Comme le disait, si justement et avec tant d’à-propos, San-Antonio dans Mon culte sur la commode:

L’hypothèse la mieux élaborée ne saurait remplacer la réalité la plus bancale.

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