Un tweet, soudain, frappa mon attention :

Ce tweet-là n’est ni le premier ni le dernier du genre. De même que sur Facebook il y a des demandes de «collectionneurs d’amis» (le cas des personnalités suivies en nombre ou en masse est une tout autre chose), on trouve aussi sur Tweeter des collectionneurs de followers plus que d’abonnés. C’est l’apparence qui prime plus (et donc le nombre) plus que la réalité ou la qualité de la lecture.

Non pas, d’ailleurs, que demandeuses ou demandeurs de suivi n’aient rien à dire ou, plus précisément, rien à dire d’intéressant. Rien ne prouve à priori que l’auteur d’un tel message en soit coutumier. Mais cela témoigne d’un rapport avec le support qu’on peut qualifier de magique, partiellement du moins. La preuve en est la référence au nombre, toujours rond; lira-t-on jamais un tweet ainsi rédigé:

Je suis à 217 followers. Encore 9 et je serai à 226 ! Merci de RT.

Ce genre de message réclame une arrivée plus rapide à des comptes «ronds»: les cent premiers, 200, 500, les 1000 d’aujourd’hui et peut-être 2000 d’après-demain. Mais à supposer que les 1000 du jour soient atteints, les aléas des abonnements et des désabonnements (On commence par suivre pour lire et on garde si ça présente de l’intérêt pour la lectrice ou le lecteur.) conduiront le nombre d’abonnés, en quelques heures, à ne plus être «rond». Les 1000 passeront à 1012 ou redescendront à 991: c’est la loi de Tweeter.

D’un autre côté, on ne saurait oublier que Tweeter n’est pas d’abord un réseau interpersonnel, mais bien un réseau social où celui qui s’exprime peut éprouver l’envie d’être largement entendu. Cette envie n’est pas illégitime en soi, mais ce qui est au fond un réflexe de collectionneur peut interroger davantage: la formulation ne porte jamais sur le contenu des messages (leur intérêt, leur humour…); elle n’est jamais fondée sur la quête d’un nombre d’abonnés, pas sur les abonnés eux-mêmes.

Mais les auteurs de tels message devraient se demander si l’accumulation du capital d’abonnés comme objectif premier apporte une réelle plus-value à leur communication. Le problème se pose de manière toute différente, évidemment, pour les personnalités, les institutions et les entreprises. Mais si l’audience ou la clientèle ont un sens (avec une logique de communication qui est plus unilatérale), il n’en va pas de même pour des personnes privées (qu’elles soient ou non connues dans leur milieu respectif) car cette accumulation pour le nombre peu s’avérer en réalité contre-productive pour le demandeur. Elle peut induire en effet des suivis ou demandes de suivi réciproques (voir Je te suis, tu me suis par la twarbichetteen encombrant une TL plus qu’en enrichissant… les échanges.

Voilà en tout cas un sujet de réflexion que nous offrons (sans préjudice pour d’autres personnes intéressées) aux spécialistes de la communication, aux sociologues et aux philosophes.

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