Vincent Breton (@vincbreton et @vincentbreton) est un utilisateur chevronné d’Internet, créateur de sites pédagogiques (http://laclasseinteractive.fr), et que j’ai croisé jadis sur la hiérarchie francophone d’Usenet qui, rétrospectivement, relève peu ou prou de la typologie des réseaux sociaux.

Dans cet article de son blog Explogramme, il explique son fonctionnement sur les réseaux sociaux. Autant Philippe Bilger affirme avec une irrévocable fermeté «Je ne suis pas sur Facebook et je n’ai aucune envie de m’y trouver», autant Vincent Breton assume sa présence sur Tweeter, Facebook et Google+ avec une analyse et une argumentation qui méritent à mes yeux l’intérêt du lecteur.

La pratique qu’a Vincent Breton d’Internet et des réseaux sociaux se situe, pour lui, dans trois espaces:

  • les centres d’intérêts personnels;
  • le champ professionnel (pédagogie), mais à titre privé;
  • le cadre institutionnel de l’inspecteur de l’Éducation nationale qu’il est aujourd’hui et qui lui impose une obligation de réserve.

Dans la réalité, je possède deux comptes Facebook dont l’un est davantage centré sur les domaines professionnels et trois comptes Twitters, dont l’un est personnel, ouvert sur des centres d’intérêts liés entre autres à l’actualité ou à la poésie, le deuxième centré sur des intérêts professionnels mais en relation avec un blog et un site privés et le troisième attaché à un site professionnel plus institutionnel. Bien que peu actif, je suis présent également sur les réseaux sociaux de Google dont j’apprécie l’idée de « cercles » […].
On percevra donc ici le besoin que j’ai ressenti de cloisonner certains espaces, de les distinguer, même si un internaute averti saura faire le lien assez vite, à la fois pour des raisons pratiques (éviter l’envahissement par exemple de la sphère professionnelle sur la vie privée) mais aussi des raisons éthiques (éviter la confusion entre par exemple mes positions de citoyen et la neutralité à laquelle mon cadre professionnel m’engage).

À la question Twitter ou Facebook? il répond: les deux. Au passage, cet observateur que son tempérament comme sa pratique professionnelle conduisent à une distanciation nécessaire remet en cause toute hiérarchie entre les deux réseaux, et plus encore entre les comportements d’utilisateurs qu’ils induiraient:

Les utilisateurs de Twitter font souvent allusion à ce qui les distinguerait des utilisateurs de Facebook. Le réseau Facebook se construit autour de relations interpersonnelles où la vie privée peut prendre une large place avec tous les soucis de confidentialité que l’on connaît. Mais ce n’est pas sur ce plan que les utilisateurs de Twitters se situent : ils évoquent souvent l’immaturité dont feraient preuve les utilisateurs de Facebook.
Pourtant, on verra plus loin que leur vision « élitiste » se trouve contredite par bien des aspects.

Sur ce point, en particulier, il évoque la chasse aux followers  qui ressemble parfois à la chasse aux amis sur Facebook.

L’intérêt de l’article est dans la manière dont l’auteur analyse ses pratiques et explicite ses choix de suivi, mais aussi l’étude assez précise qu’il a faite de ses abonnés. Elle illustre la volonté d’une présence raisonnée. Je partage ce point de vue. Le support (Twitter, Facebook, AutreFuturVirtuelRéseau) peut, par sa grammaire même, orienter un type ou un style de publications, il ne préjuge pas nécessairement de l’intérêt ou de la vacuité des choses. Elle relève non du support mais de l’éditeur (la mise en page et même jadis la composition au plomb n’étaient pas le contenu du «papier journalistique»).

Sur ce point d’ailleurs, Marie-Anne Paveau vient de publier un nouveau billet Linguistique et numérique 3 : l’abondance des blogs anglophones  qu’il me plaît d’évoquer en contrepoint. Elle y développe (entre bien d’autres choses) une réflexion, dans une optique créative (y compris au plan scientifique) sur la production d’écrits et de réflexions «en continu» (sa fluidité, écrit-elle). C’est que, au fond, sur les sites ou blogs, sur lesquels porte son article, comme dans les réseaux sociaux, il y a d’abord des choix personnels d’expression (contenu comme modalités ou approches), même si son résultat est socialement accessible. C’est tout à la fois la magie et les limites d’Internet, au sens large de tout ce à quoi sa tuyauterie permet d’accéder. L’écart n’est pas entre l’élite cultivée et les barbares aux expressions sommaires: même l’usage cultivé du jardin des réseaux sociaux s’inscrit dans des attentes et des objectifs variables selon les individus, et variables dans la temporalité des expressions de l’individu.

Du coup, le risque apparaît de voir progressivement restreints les échanges (aux happy few comme aux semblables, sinon aux clones) comme par une loi pesant sur tout réseau social. Dans sa conclusion, Vincent Breton évoque assez précisément les risques de «fermeture» des relations «twittériennes» (alors même que, hors les cas d’expansion anarchique du nombre d’amis, la réalité des réseaux «facebookiens» montre qu’ils sont assez rapidement fermés sur les mêmes cercles). Nous lui laisserons sur ce point le dernier mot:

Outre des usages généralisés mêlant un peu différentes thématiques avec des approches pouvant se rapprocher de ce que l’on faisait sur un Facebook semble-t-il en perte de vitesse, ce sont probablement des usages sériés, précis, orientés qui vont être amenés à se développer avec le risque alors que les cercles fonctionnement davantage en circuit fermé.
Aux usagers peut-être de contribuer à l’évolution de l’application en développant de « bonnes pratiques », dans un esprit de dialogue citoyen et le respect de l’éthique, en la faisant évoluer en fonction de leurs besoins, de ce qu’ils en attendent, en analysant le type de relations qu’ils veulent développer.
Pas si simple.

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