Twitter est une clé de voûte : il vient comme un chef d’orchestre susciter et organiser les autres paroles, celles qui sont sur le blog de travail, celles que l’on partage plutôt que de les garder dans son quant à soi, celles dont on se sert pour nourrir son propre discours, sa propre pensée, sa réflexion.

Ainsi parle Delphine Regnard dans son dernier billet Twitter : le lieu partant de cette référence aux salons littéraires de jadis que nous évoquions ici-même il y a peu pour souligner les usages multiples de Twitter.

Il y a longtemps que Twitter a échappé à sa destinée primitive, au simple envoi de micromessages à la Facebook  (Je suis dans le taxi. Je prends l’apéro avec Tartempion.) Deux outils ont permis de démultiplier le simple envoi généralisé d’un texto (sa fonction de départ, d’où la limitation aux cent-quarante signes et espaces[a]):

  1. l’usage du croisillon (#), indicateur de paratexte et même de péritexte[b] dont Delphine Regnard évoque les possibilités multiformes;
  2. les raccourcisseurs de liens qui permettent de quelques signes de renvoyer vers une interminable adresse Internet.

Les raccourcisseurs sont anciens (à l’échelle d’Internet). Dans les années quatre-vingt-dix, minilien.com fut ainsi utilisé dans les forums Usenet, mais rien n’indique que le croisillon n’ait pas été utilisé d’abord dans Twitter. C’est en tout cas la combinaison des deux qui donne sa souplesse à Twitter en permettant à la fois d’envoyer un lien court, de l’expliciter et de le «situer» grâce à l’emploi d’un hashtag.

En pratique cela me permet de communiquer sur ce que je peux produire, sur la production d’autrui qui me paraît digne d’être signalée ou d’indiquer une ressource utile (la notion d’utilité étant toute relative).  Un clic sur un lien signalé, une visite, un commentaire en utilisant la fonction répondre à… et voilà comment Twitter permet un partage multiforme: pas un partage unilatéral, mais un échange qui peut échapper à son initiatrice ou à son initiateur parce que c’est un partage dans un réseau vivant.


Notes

[a] De cette limitation Jean-Michel Leblanc alias @centquarante a fait un défi oulipien dont Dominique Didier avait signalé l’intérêt dans le Petit Champignacien illustré.

 [b] Cum wikipedio doctus sum http://fr.wikipedia.org/wiki/Paratexte.

Publicités