(Nous saurons infiniment gré au lecteur de réprimer toute envie de fuite précipitée: assurément, il ne pourrait ensuite mesurer à quel point cela serait regrettable pour lui-même.)

La pensée du discours est un «carnet de recherche» créé par Marie-Anne Paveau, professeure des universités. Mais Marie-Anne Paveau (@mapav8) est active et, à tous points de vue, réflexive sur Twitter. Et c’est en quoi son dernier billet peut susciter l’intérêt de tout gazouilleur. D’abord, il y a lieu de ne pas considérer d’un œil hagard la présentation rapide du Carnet:

Ce carnet de recherche est un espace de réflexion sur la théorie du discours envisagée sous des angles épistémologiques renouvelés.

Cela est vrai est se constate dans ce dernier article, justement, intitulé «Linguistique et numérique 2. Le désert des blogs francophones» qui s’intéresse au paradoxe de voir les linguistes francophones si absents eux-mêmes sur un support qu’il leur arrive d’analyser, à quelques notables exceptions près, mais exceptions tout de même.

Si j’invite les non-spécialistes à ne pas fuir la page, c’est pour glisser vers ce qui, à mes yeux, constitue la quatrière et dernière partie: La joyeuse et créative #VillaRéflexive dont le titre même comprend ce croisillon déjà évoqué ici.

Cette villa réflexive est matérialisée (si j’ose dire) par ces Espaces réflexifs qui permettent un croisement interdisciplinaire non seulement intéressant, mais créatif par sa particularité même. Coopération avec d’autres blogueurs-twitteurs, comme le précise Marie-Anne Paveau:

« C’est donc avec les blogueurs d’autres disciplines que je co-blogue et je voudrais terminer ce billet en mentionnant notre joyeuse et créative #VillaRéflexive: issue d’une initiative de la très talentueuse Mélodie Faury [@infusoir], à partir d’un billet de Benoît Kermoal [@enklask], cette #Villa (la métaphore est issue de nos discussions sur Twitter et des bonheurs et plaisirs que nous avons eus à nous y installer mois après mois.

« Pour terminer, je voudrais redire ce que plusieurs d’entre nous ont affirmé ça et là: nous n’aurions pas eu cette créativité numérique et ces échanges fructueux sans Twitter, accompagné d’autres réseaux. Avant Twitter, ma “Pensée du discours” était assez isolée, je l’avais même écrit ; mon intégration au réseau de micro-blogging  a brusquement ouvert les relations, les possibles, les idées, les connaissances, en un mot, la science.

« Cela peut paraître dithyrambique, mais c’est ma réalité, et je pense qu’elle est un peu partagée : nous avons des blogs, des comptes sur les réseaux, des photoblogs, des pages Pinterest, et d’autres lieux numériques ; nous ouvrons des blogs collectifs, nous lançons des blogs personnels, nous faisons société sur le web et parfois nous faisons amitié. Nous mettons en place et solidifions un espace d’écriture scientifique en ligne, un espace fluide, ouvert et libre, où la rigueur, la justesse et la pensée n’en sont pas moins présentes. Nous n’avons pas d’illusion sur l’existence des frontières et des modalités de reconnaissance, nous savons bien que le web est un espace social, avec toutes les contraintes et les violences que cela implique. Mais il possède en plus la fluidité, qui implique de la mobilité, de la rapidité et du partage aisé ; les contre-pouvoirs s’y installent plus facilement. […]»

Mais, foin d’extraits: lisez toute la section #VillaRéflexive, vous dis-je! C’est un bonheur de lecture (mais aussi la rencontre avec un bonheur d’écriture).

On glose sur la vanité des réseaux sociaux; on «buzze» pendant des semaines sur la portée intergalactique du tweet de telle ou telle personnalité du monde de la politique, du spectacle ou du sport. Ces choses-là existent, elles ne sont pas tout.

Twitter, bien plus que Facebook — qui reste pour l’essentiel un ostensoir — offre l’occasion aux chercheurs d’échanger de manière féconde, d’explorer de nouvelles voies créatrices, de rompre l’étanchéité disciplinaire pour mieux faire progresser les savoirs, mais aussi les réflexions épistémologiques. Mais Twitter est, dans le sens où on pouvait l’entendre au XVIIIe siècle, l’occasion de faire salon

Il s’agit bien de ne pas confondre: un blog scientifique reste un blog scientifique, avec ses objets, ses démarches, ses contenus ses approches propres. Mais tout n’est pas inaccessible à tous. Au fur et à mesure des publications — relayées il va de soi sur Twitter — on peut suivre (ou pas) un lien, s’en écarter ou l’approfondir (aucun jugement dans l’un ou l’autre cas), butiner au hasard d’un hyperlien offert ou refermer le navigateur (l’usager est libre de l’un comme de l’autre choix)… ou mettre le Tweet de côté.

Cela n’interdit pas de commenter (comme tout le monde) l’écume des choses, les tweets de circonstance, ce qui fait le plaisir ou le déplaisir d’une conversation courante… mais, au-delà même des échanges de haut niveau entre chercheurs (des doctorants aux professeurs des universités), Twitter reste un bel outil d’éducation populaire au sens le plus fort du mot.

Et c’est bien pour cela que, au-delà d’un titre à priori rébarbatif (Linguistique et numérique 2. Le désert des blogs francophones), non seulement j’ai aimé ce billet, mais je lui en ai consacré un ici même. On gagne souvent à exercer sa curiosité.

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