C’est un message (parmi d’autres) de @Freeware_Tutos qui l’a rappelé (mais à cette heure, la Toile en frémit déjà). Le tweet renvoie à un article de la revue 01net.com qui évoque la revente de vos|nos tweets à deux sociétés de data mining (littéralement « exploration de données », mais « exploitation » conviendrait mieux).

Qui peut croire que c’est par simple bonté d’âme que les créateurs de Twitter aient développé leur site avec ce qu’il suppose aujourd’hui d’équipements (serveurs informatiques et maintenance qui va avec) ? La rentabilisation reste le maître mot. Les États-Unis sont le pays du libéralisme triomphant et la protection des données personnelles n’y va pas de soi, Patriot Act ou pas, comme dans cette « vieille Europe » dont se gaussait jadis ce grand défenseur du droit qu’est Donald Rumsfeld. Business is business !

Les grandes sociétés qui ont développé des réseaux ouverts (à tous) deviennent utilisateurs potentiels de données publiques librement déposées par des personnes privées. Les conditions d’utilisation donnent lieu de temps à autre à des réactions. Il n’empêche.

Il y a trente ou quarante ans, le danger, c’était IBM, entreprise dominante dans le monde des ordinateurs : le danger de l’entreprise-machine et chez les militants de l’époque la peur du Big Brother du 1984 de George Orwell). Il y a vingt ans, c’était la société ®Microsoft, sa domination logicielle (dans un monde où les ordinateurs avaient des producteurs multiples) et sa réputation, usurpée ou non  (mais le mythe est tenace), d’espionner les utilisateurs : c’était le danger de l’entreprise-logiciel. Aujourd’hui, au-delà des machines ou des applications utilisées (maints serveurs fonctionnent même avec des logiciels libres), le danger vient de l’entreprise-conteneur.

Par leur côté pratique, nous donnons l’autorisation à des applications externes d’accéder à nos messages sur les réseaux sociaux. Le gazouilleur y a recours (la diffusion des articles par papyrus n’est pas la plus efficace qui soit), mais le sait.

Diverses solutions existent, dont la première n’est pas le choix d’un pseudonyme. On n’est jamais à l’abri du moindre lien ténu permettant, une fois et une seule, de relier @tartiflette12345 à Jean-Jacques Tartempion (de Triffouilly-sur-Odeussource, France). La première précaution est d’être précautionneux soi-même, en vérifiant bien les paramètres de confidentialité, les autorisations d’applications tierces (qu’on peut supprimer dès qu’on n’en a plus besoin) et surtout, ce qu’on y met. Je reste surpris, sur Facebook, de voir le nombre de contacts qui indiquent en clair leur numéro de téléphone ou leur adresse électronique privée. Je reste étonné de la propension à utiliser (ou à laisser faire) la géolocalisation lors des envois de messages.

Deuxième solution, effacer ses tweets. Mais sur Twitter, ce n’est pas possible. Il faut donc passer par des applications tierces… qu’on autorise à accéder à ses tweets (et donc à sa liste de contacts). Du moins, en fragmentant, peut-on espérer ne pas avoir affaire au même adversaire (sauf, naturellement, si c’est une filiale ou un contractant d’un data minor évoqué ci-dessus).

Aujourd’hui, les services de Google, et sans doute Twitter et Facebook nous sont indispensables (ou du moins en s’en passerait difficilement pour des raisons diverses et variables selon les individus). On aurait tort de confondre une application gratuite pour un logiciel libre. Mais on ne pourrait exiger de protection totale que pour un service dont nous couvririons les frais. La gratuité totale, en la matière, n’existe pas. Nos tweets peuvent être légers, philosophiques ou poétiques : ils passent par des supports matériels et immatériels qui ont des coûts… et les dirigeants de Twitter doivent rêver d’un destin financier à la Mark Zuckerberg. Le twitteur peut s’élever jusqu’aux cieux; Twitter reste immergé dans le capitalisme. Au premier de ne pas l’ignorer !

Ce billet-ci a été prolongé par ce billet-là. Voir aussi Sommes-nous en train de nous faire plumer par Twitter? sur le blog http://scinfolex.wordpress.com qui détaille le nombre d’informations personnelles susceptibles d’être révélées par Twitter).
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