S’abonner à un compte Twitter (le suivre), c’est manifester un intérêt pour son contenu, mais aussi nolens volens trouver utile ou intéressant ce que dit son ou sa titulaire. Si je m’intéresse à tes propos, ne dois-tu pas t’intéresser aux miens et me suivre en retour ?

Tout d’abord, mettons de côté les fans enthousiastes de @OfficialAdele qui compte (au 2 mars 2012, 17h15 heure de Paris) 4 455 423 followers. Ceux-là n’ont pas l’espoir d’être suivis. C’est un abonnement passif pour être au courant de ce que leur vedette dit, fait, ressent (ou est censée dire, faire, ressentir elle-même).

Les mêmes s’inscriront sur la page Facebook dudit groupe dans les mêmes conditions.

Mettons de côté, pour les mêmes raisons, le sympathisant enthousiaste (ou l’adversaire déterminant) de telle ou telle personnalité politique de premier plan. Il veut savoir ce que dit son héros/héraut ou son adversaire/anti-héraut, le relayer avec force RT¹ enthousiastes ou assassins, mais se doute bien que celui qu’il suit est trop occupé pour le suivre.

Nous restons bien dans le cadre où sont concernées deux personnes dont la notoriété sociale est plus modeste.

Tel propos me semble intéressant. Je l’ai découvert par le TR venant d’un compte auquel je suis abonné (de la part d’une auteur ou d’un auteur auquel j’accorde un certain crédit de confiance), en regardant les tweets de comptes d’abonnés ou auxquels je suis abonné moi-même (pas compliqué à faire : c’est même une bonne méthode, au début, pour accroître ses abonnements utiles), en consultant une mention ou une réponse qui me conduit au compte… Bref, je clique sur @tartempion et je trouve intéressante la lecture de ses messages. Je m’abonne à son compte. Il est possible ou vraisemblable que @tartempion regarde qui sont ses nouveaux abonnés. Il est possible qu’il ou elle aille voir ce que ses abonnés écrivent (il n’est pas toujours vraisemblable qu’elle ou il en ait le temps, surtout ce jour-là). Mais, de toute manière, je peux me faire connaître de @tartempion. Il suffit que je réponde à un de ses tweets, une fois, deux fois, trois fois. Il peut remarquer la fréquence ou le propos et aller voir lui-même, en décidant de s’abonner à mon compte. Là, je me sens mieux puisque je me sens reconnue ou reconnu.

C’est affectif. Ce Je te suis, tu me suis par la twarbichette conduit certains abonnés non suivis en retour à se désabonner, comme si l’abonnement réciproque était une obligation. Il en est parfois de même lorsqu’on constate un désabonnement dont on est victime, en manière de représailles pour ce qui est considéré comme une rupture. Cela a-t-il du sens ? Eh bien non, justement !

Il est logique que des personnes ayant des centres d’intérêts communs ou proches, des opinions voisines ou des opinions différentes qu’agrémente un goût réciproque pour le débat d’idées d’un certain niveau — il est logique, disais-je, que ces personnes se suivent réciproquement. Mais ce n’est pas une obligation :

  • d’abord, parce A peut avoir 12 abonnés et que B en a 4279 qu’il ne peut tous suivre ;
  • ensuite, parce que, dans le cas où A et B ont un intérêt commun pour la musique baroque ou la grammaire de l’ancien français, pour A, c’est peut-être le sujet majeur, alors que pour B, c’est un sujet secondaire, voire accessoire> ;
  • enfin, parce que si A trouve les messages de B intéressants (et en déduit que B doit éprouver la même chose pour les siens), l’inverse n’est pas nécessairement évident.

À cela s’ajoutent deux éléments d’explications également possibles : 1° A passe deux heures par jour sur Twitter tandis que B y est intermittent ; 2° B, ne postant pas aux mêmes heures que A et ne s’occupant que des messages du moment n’a jamais vu le moindre message de B.

La philosophie de Twitter, c’est qu’on suit ce qui nous intéresse. Les abonnements peuvent se croiser, ou pas. On peut avoir besoin, pour ne pas être submergé, de faire le tri entre ses abonnés. Il n’y a jamais de jugement de valeur (ou alors c’est la correction d’une erreur initiale²). Les échanges de tweets peuvent être personnels, certes, mais ce n’est pas la finalité de Twitter.

Alors disons-le fermement : la logique de la twarbichette est fondamentalement… rasante.


N o t e s

¹ RT (retweet) : transfert à sa liste d’un tweet d’abonné (procédure automatisée sur toutes les applications Twitter aujourd’hui.

² Comme le serait le désabonnement à Libération de quelqu’un qui, sur la fois d’une lecture occasionnelle, aurait cru à une version plus « urbaine » du Figaro… et réciproquement.

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