Ma pratique de ce qui peut ressembler aux réseaux sociaux a commencé, à une ère qui doit sembler antédiluvienne aux yeux de mes contemporains, avec Usenet. Sous une forme plus moderne, j’ai commencé avec Facebook pour des raisons à la fois militantes et familiales, et l’occasion de renouer avec des contacts anciens. Cet article est l’occasion de comparer (de mon point de vue) Facebook et Twitter avec, selon moins, ce qui en fait la différence majeure : le « libre suivi » qui explique le caractère à mes yeux plus dynamique de Twitter.

Sur Facebook, vous invitez ou on demande une invitation (et de même vous êtes invité ou vous sollicitez l’invitation) : vous choisissez ou non d’accepter le contact (ne galvaudons pas le terme ami). C’est votre réseau. Il peut être croisé (il l’est généralement), mais vous restez maître de qui vous lit. Hormis les pages de fans ou les pages institutionnelles — qui reposent sur une autre logique que la relation interpersonnelle, réelle ou factice, professionnelle ou familiale, affinitaire ou sociale dans la plus large acception du terme —, vous restez dans un cercle de relations que vous choisissez de maîtriser… ou pas. Vous exposez votre vie (en tout ou partie) et vous accédez aux autres expositions. C’est le fond du site : moderniser l’annuaire des anciens élèves (version U.S.). Le choix des contenus reste le vôtre (pour ce qui est des vôtres) : vie privée, vie publique, opinions… Et c’est la même chose pour chacun de vos contacts.

La différence majeure entre Facebook et Twitter ne réside pas dans le fait que ce dernier limite vos envois à 140 signes et espaces, alors que le premier vous laisse plus d’espace et plus de possibilités dans le choix des médias (texte courts ou articles, photos, vidéos…). Elle tient dans le fait que tout inscrit sur Tweeter peut suivre tout autre inscrit, et que tout autre inscrit peut librement vous suivre. On peut se suivre (follow) réciproquement, mais le suivi peut être asymétrique. Ce qui compte, c’est l’intérêt que je trouve à lire, ne pas lire, ne plus lire ou relire Untel ou Unetelle. A peut suivre B sans que B suive A.

Naturellement l’auteur de ces lignes, qui cultive une tendresse connue pour la langue française, sait qu’à toute règle peuvent correspondre de multiples exceptions. Maints statuts Facebook ne comportent guère plus de 140 caractères ; certains tweeteurs usent de comptes protégés dont l’abonnement nécessite une autorisation ; l’utilisation de réducteurs de liens, de plus en plus fréquemment insérés aux applications, permet de faire accéder via Tweeter à des pages internet, des photos, des vidéos et de multiples autres médias. Il n’empêche, la philosophie Twitter, c’est le libre choix.

De ce fait, le monde Tweeter est moins clos. Un réseau Facebook finit par être fermé (trop de contacts, et l’auteur se borne à un monologue voire à de la communication). Le réseau Twitter facilite davantage l’échange. Ce n’est pas le message Facebook avec ses commentaires, ce sont plus facilement des interactions multiples (sans vouloir rien s’exagérer, bien entendu). Et finalement, on ne s’offre pas comme sur Facebook, on échange (et l’on transfère par le biais des Retweets ou RT). C’est plus dynamique à maints égards. Cela a peu d’intérêt pour un fan se contentant de suivre le compte de @vedette-du-moment, mais c’est cela qui permet aux utilisateurs de Twitter d’y retrouver parfois sous une forme moderne l’esprit qui pouvait régner dans les salons littéraires de jadis : à la différence de Facebook, je n’attends pas le commentaire passif (fût-il d’un contradicteur) ; je produis pour un ensemble et, à tel ou tel moment, je peux penser à des interlocuteurs précis susceptibles de rebondir sur mon propos (qui lui-même…). Plus dynamique, je vous dis !

P.-S. (juillet 2012) — Voir cet article sur l’art de la conversation sur Tweeter.

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